Des Eglises proches mais différentes

Avec l’aimable autorisation du pool des journaux régionaux protestants

Toutes deux héritières des Réformes du XVIe siècle, les Églises réformée et évangélique luthérienne témoignent dans leur fondement des principes qui expriment la vérité de la foi : « seulement » la foi, la grâce, l'Écriture et le Christ. Leurs histoires différentes ont pourtant laissé des empreintes particulières.

Alors que l'Église réformée, créée sous sa forme actuelle en 1938, est présente sur l’ensemble du territoire à l’exception de l’Alsace, la Moselle et le pays de Montbéliard, l'Église évangélique luthérienne, datant de 1872, est composée de deux inspections : le pays de Montbéliard dont l’histoire est liée à celle du Wurtemberg, et la région parisienne issue des chapelles d’ambassades. Se rattachent à cette dernière région les Églises de Lyon, Marseille et Nice.

Signataires de la Concorde de Leuenberg en 1973, l'Église réformée de France (ERF) et l'Église évangélique luthérienne de France (EELF) ont établi entre elles depuis plus longtemps encore une « communion de chaire et d’autel » : reconnaissance mutuelle des ministères et accueil à la sainte Cène. Ces deux Églises sont engagées depuis longtemps dans des services et des actions communes : formation, mission, édition, dialogue théologique, …

Des accents différents
Cependant, ces deux Églises ont des histoires différentes, visibles dans leur organisation, leur géographie, leur piété et leurs orientations théologiques, leurs pratiques liturgiques et catéchétiques particulières. Deux exemples peuvent le mettre en évidence.

Prêcher la Parole et administrer les sacrements
Luthériens et réformés ont réaffirmé que l'Église est d'abord l'assemblée des chrétiens, là où la Parole de Dieu est reçue et les sacrements administrés fidèlement. Dans cette compréhension de l'Église, le ministère pastoral est envisagé comme un moyen pour que l'Évangile soit entendu. C'est ce que traduit la Confession de la Rochelle, en écrivant : « l'Église ne peut se maintenir que s'il y a des pasteurs qui ont la charge d'enseigner » (art. 25).
Le pouvoir des clefs (selon l'envoi des disciples par Jésus, en Jean 20), demeure pour Martin Luther, l'un des aspects de la vocation de l'Église et appelle au ministère particulier des évêques et des pasteurs. La particularité de ces ministères, parmi les autres, est soulignée par l'ordination des pasteurs, ainsi mis à part, par leur fonction, pour le service de l'Église. L'Église réformée considère que le pasteur n’est pas « un personnage à part mais celui ou celle à qui sa formation théologique permet d’animer la communauté ». Lors de son admission définitive, il est reconnu dans son ministère.

La Parole de Dieu au cœur du culte
Les Réformes du XVIe siècle ont remis la Parole de Dieu au cœur de la vie chrétienne et de la célébration du culte communautaire. Les lectures bibliques et leur interprétation dans la prédication y tiennent une place centrale.
Pour Luther et les luthériens, la Parole de Dieu s'exprime aussi à travers les sacrements et, particulièrement, à travers celui de la sainte Cène, célébrée tous les dimanches dans des paroisses de l'EELF. La Parole est « entendue », par la lecture de la Bible et sa prédication, et « vue », par la célébration des sacrements. Chez les réformés, même si la sainte Cène est célébrée plus fréquemment qu’auparavant, une place déterminante est donnée à la prédication.
Ainsi, la prédication est plutôt perçue dans sa dimension interpellatrice et prophétique par les réformés, nourrissante et édifiante par les luthériens. La réponse du peuple de Dieu, nourri par la Parole « visible et audible », tient par conséquent plus de place dans le culte luthérien, à travers le chant, les répons liturgiques et les textes antiphonés.

Franck Honegger, Église réformée de France, rédacteur en chef de Réveil

Gérald Machabert, Église évangélique luthérienne de France, rédacteur en chef de L'Ami Chrétien