D’un processus institutionnel à une vision d'Église d'avenir

•Avec l’aimable autorisation du pool des journaux régionaux protestants 

Après une longue période de méconnaissance ou d’ignorance mutuelles plus que de réelles divergences théologiques, les Églises luthériennes et réformées de France avancent désormais en commun dans la perspective de leur unité. C’est vers l’avenir qu’elles se tournent.

Cette perspective d’unité s’est d’abord traduite par la mise en œuvre d’un grand nombre d’engagements communs, non pour faire droit à des raisons matérielles ou financières, mais pour être fidèles à leur vocation qu’elles comprenaient comme étant une vocation commune.

Au plan national, tout d’abord.
Dès 1960, la création d’une première instance commune de dialogue -les « Quatre Bureaux » des quatre Églises luthériennes et réformées (ECAAL, ERAL, EELF et ERF)-, se donnait déjà pour visée la recherche de l’unité de leurs Églises
De ces premiers engagements jusqu’à la création du Conseil permanent luthéro-réformé en 1972, et jusqu’aux derniers travaux du CPLR le chemin parcouru est considérable

Au plan européen 1, ensuite.
S’il est vrai qu’il n’a pas été possible aux Églises issues de la réforme de trouver dès le XVI è siècle le chemin d’une véritable communion 2, divers facteurs vont contribuer à les rapprocher peu à peu : d’une part leur vie spirituelle va se trouver transformée par les Réveils et le mouvement œcuménique, et d’autre part leur situation sociale et politique sera profondément marquée par la confrontation au totalitarisme et par le phénomène de sécularisation des sociétés occidentales.
Dans les années 1950, des entretiens théologiques aboutiront à un processus de recherche théologique qui conduira à la rédaction en mars 1973 d’un document décisif : La Concorde de Leuenberg. Elle établit que les Églises se déclarent en pleine communion quant à la prédication de la Parole et la célébration des sacrements, et inclut la reconnaissance mutuelle des ministères (possibilité du passage d’un ministre d’une famille à l’autre). Et cette communion est appelée à se concrétiser dans la vie commune des Églises (l’ERF non seulement reçoit le document en en faisant état dans le rapport du C.N du Synode national de Lyon, 1974, mais les actes citent le texte de la Concorde in extenso).

Le processus de rapprochement entre l’EELF et l’ERF est une réponse à un appel.
Les deux Églises luthériennes et réformées de France entraînées par leur président M. Manoël et J. Tartier prennent donc des décisions.
A la suite de vœux émis par des synodes régionaux et des paroisses, le synode général de l’EELF et le synode national de l’ERF mettent la question du rapprochement des Églises à leur ordre du jour 
Un groupe de travail présente ses propositions en janvier 2007 :

• projet de mise en place d’une structure nationale unique et de création d’une union des deux Églises au plan national, permettant à chaque tradition de garder ses spécificités propres dans des domaines particuliers (liturgie, ecclésiologie…).

• maintien de la structure actuelle des Eglises locales, des régions (ERF) et des inspections ecclésiastiques (EELF) avec leur spécificité, et en lien avec l’union.

• projet de création d’un rôle commun des ministres luthériens et réformés

• projet d’harmonisation des CDM ou de mise en place d’une commission des ministères commune.

 

L’unité non comme un but mais comme un service: une vision d’Église pour l’avenir !
Au-delà d’une démarche de structure, un tel processus est à recevoir, en réalité, comme une œuvre de l’Esprit : il entraîne déjà des changements dans les relations entre les membres et entre les pasteurs de nos Églises, au plan local et régional, mais aussi dans les relations de nos Églises avec les autres Églises de la FPF ainsi qu’avec tous les autres partenaires en œcuménisme.
Il est le début d’une nouvelle étape dans l’histoire du protestantisme français, une étape préparée de longue date, commencée par les efforts de tous ceux qui nous ont précédés.
Où le message de la Réforme se trouve en quelque sorte débarrassé des obstacles de type identitaire, délivré des facteurs non théologiques empêchant l’union, et comme redéployé, redistribué en une Église toujours enrichie de chaque tradition confessionnelle, liturgique, et de chaque spiritualité… Et où, selon le fameux principe ecclesia reformata semper reformanda, l’institution de l'Église se met au service du témoignage de l’Évangile, change, et se réforme. C’est ce que certains « chez nous » attendaient depuis longtemps, et c’est ce que d’autres, « ailleurs », espéraient aussi.

 

François Clavairoly

 

1 Cf. M.Lienhard, L’unité dans la diversité réconciliée, in « Etre protestant en Europe, 30 ans de la communion ecclésiale de Leuenberg », Lembeck, Frankfurt, 2003, p61. L’auteur est l’un des rédacteurs de la Concorde. Voir aussi le site internet de la Concorde : www.leuenberg.eu

2 Une première tentative eut lieu en 1536, aboutissant à la concorde de Wittenberg.