Approches luthéro-réformées : Quel modèle d'unité ?

Avec l’aimable autorisation de La Voix Protestante de septembre 2006

Quel modèle d'unité ?
Par François Clavairoly

Après une Longue période de méconnaissance et d'ignorance mutuelles, plus que de réelles divergences théologiques, les Église Luthériennes et réformées de France avancent dans la perspective de leur unité.

Cette perspective d'unité se traduit par un grand nombre d'engagements communs. Depuis la création des quatre bureaux des Églises luthériennes et réformée de France et d'Alsace et Lorraine dans les années soixante, jusqu'aux derniers travaux du Conseil Permanent Luthéro-Réformé (CPLR), le chemin parcouru est considérable. Les actions du CPLR (il s'agit de membres des quatre directions d'Églises) se sont développées autour de trois axes : tout d'abord le développement d'une Formation Permanente des pasteurs, après la formation initiale donnée dans nos Facultés de Théologie de Strasbourg et de Paris-Montpellier. Puis, l'approfondissement du dialogue oecuménique par trois groupes mandatés qui rendent compte de leurs travaux devant le CPLR : le Comité Mixte (catholiques-luthéro-réformés), le Groupe de suivi de l'Accord de Reuilly (anglicans-luthéro-réformés), et le Groupe de dialogue FEEB-CPLR (baptistes-­luthéro-réformé). Enfin, la poursuite du travail de l'unité des Églises entre luthériens et réformés, par le dialogue, la recherche commune...

Deux modèles possibles
Pour faire avancer la réflexion sur la question de l'unité, le plus simple pourrait être de se représenter le fait qu'il existe, au niveau national, européen comme au niveau mondial, deux principaux modèles: le modèle de la fédération, et le modèle de l'union.

Le modèle fédératif se traduit par l'association d'Églises qui décident de faire ensemble tout ce qui leur est possible de faire. Elles mettent en oeuvre un certain degré de reconnaissance mutuelle en même temps qu'elles accordent le strict respect de l'indépendance de chaque partenaire. Une charte définit les règles communes. Les Églises fédérées ne sont pas entre elles en pleine communion. Mais devant elle s’ouvre le chemin du dialogue qui permettra un jour une reconnaissance mutuelle du baptême, de la cène, de l'interprétation des Écritures, ... Le Conseil oecuménique des Églises relève de ce modèle.

De 1948, année de la création du COE, à l'Assemblée de Toronto en 1950 où il sera admis que les décisions n'engagent pas strictement les Églises participantes (réserve demandée par les orthodoxes) ; de 1981, année du BEM (Baptême Eucharistie, Ministères) qui sera plus un texte de convergence que de consensus, à ce jour, le COE deviendra peu à peu un Forum d'Églises (1998 Harare) dont la portée ecclésiale restera modeste. Au plan européen, ce modèle fédératif se traduira par la KEK (Conférence des Églises européennes). Au plan national, ce sera la FPF, association d'Églises, oeuvres et mouvements, portant une parole commune dans la société et devant les autorités.

Le modèle d'union est, pour sa part, celui choisi par nos Églises qui sont en pleine communion entre elles. Au plan européen, la Concorde de Leuenberg (1973) fonde cette communion appelée CEPE (Communion des Églises Protestantes en Europe). Le CPLR en est sa mise en oeuvre française, dans l'attente de réalisations unitaires plus tangibles. Les Synodes ERF-EELF qui se tiendront en même temps et en un même lieu, seront à cet égard, de nouveaux signes de cette communion... après l'union des deux Églises luthériennes et réformées d'Alsace-Lorraine.

Une question
Devant ces deux modèles qui ne sont pas les termes d'une sorte d'alternative oecuménique, et qui peuvent se comprendre comme deux étapes à franchir sur un chemin d'unité, quel motif y aurait-il à refuser de vivre, luthériens et réformés, une Église unie (modèle de communion), au sein même de la FPF (modèle de fédération) ?