Interview du pasteur Gilles Pivot

Avec l’aimable autorisation des journaux régionaux protestants 

Le pasteur Gilles Pivot, vice-président du Conseil national de l’ERF, pilote un groupe de travail qui planche depuis 2005 sur un modèle d’union 

Mai 2007

Quelle est la mission de ce groupe de travail ? Qui en fait partie ?
Il a été désigné en 2005 par le Conseil national de l’ERF et le Comité exécutif de l’EELF. En font partie : Eric Demange, Laurent Schlumberger et Gilles Pivot pour l’ERF, Véréna Gonin, Joël Dautheville et Jacques-Noël Pérès pour l’EELF.
Ce groupe fait suite à une première expertise réalisée en 2004 par une commission mixte (3 luthériens, 3 réformés), mandatée alors pour recenser les questions prioritaires liées à un rapprochement institutionnel, souhaité par des synodes nationaux et régionaux en 2001-2003. Cette Commission dans son rapport de février 2005, suggérait entre autres, la tenue d’un synode national commun et la mise en place d’une « équipe chargée d’envisager un modèle d’union entre les deux Eglises ».

Le dialogue s’est-il noué facilement entre vous ?
Très rapidement une grande confiance s’est instaurée ainsi qu’un profond respect pour les sensibilités théologiques, ecclésiologiques, liturgiques, de chaque Église. Avec la conviction que ce projet représentait une nécessité pour nos deux Églises qui ne peuvent plus se disperser ou faire chacune de leur côté les mêmes choses. Il y a là aussi une chance à saisir pour rendre plus visible le protestantisme historique en France.

Quels sujets ont été déjà abordés ?
Conformément à sa mission, le groupe a donné la priorité à la question du modèle d’union. Il a repéré sept principaux modèles possibles, qui vont du statu quo amélioré (par exemple avec un titre commun venant s’ajouter au nom de chaque Église), à l’absorption pure et simple d’une Église par l’autre, en passant par la mise en commun de services administratifs ou le renforcement de collaborations ponctuelles. Il a écarté les options qui réduiraient une diversité théologique et spirituelle légitime ou qui provoqueraient une multiplication des échelons de décision et un alourdissement des structures. L’unité institutionnelle doit se faire sur un modèle simple, qui prenne en compte les particularités auxquelles chacun est attaché et qui génère les économies attendues d’un tel rapprochement.

Concrètement quelles sont vos propositions pour réaliser l’union ?
Nous avons proposé aux Comités directeurs le principe de constitution d’une nouvelle Union d’Eglises qui se substituerait aux deux unions actuelles et à laquelle adhèreraient paroisses, consistoires et inspections luthériennes ainsi que les Églises locales réformées. Union ne veut pas dire uniformité. L’originalité du projet consiste à maintenir les régions actuelles selon leurs traditions ecclésiologiques et leurs règles propres : les 2 inspections luthériennes et les 8 régions réformées, avec leurs inspecteurs ecclésiastiques et leurs présidents de conseils régionaux, seraient maintenues. Les synodes régionaux luthériens et réformés désigneraient leurs délégués à un synode général ou national unique qui à son tour élirait les instances nationales communes. Tout cela avec le souci de maintenir les spécificités confessionnelles et leur richesse, au plan de la liturgie ou de la compréhension du ministère pastoral… par exemple.

Quel sera l’enjeu d’un synode national commun à Sochaux ?
Le groupe a rendu compte de son travail aux deux comités directeurs, en janvier 2006 et janvier 2007. Ceux-ci ont tenu informés leurs synodes nationaux au printemps 2006.
Les synodes général et national qui vont se réunir en commun à Sochaux, ce mois de mai 2007, vont marquer le lancement proprement dit du projet d’union entre nos deux Églises. A cette occasion un numéro spécial de la revue « Information-Évangélisation » sera publié pour présenter en une seule plaquette les deux Églises : histoire, organisation, points théologiques spécifiques… A Sochaux, nous aurons non seulement des séances communes mais aussi une même parole sur le thème synodal : « Parole, parentalité, espérance ». Pour la première fois ! Et puis les synodes examineront le projet retenu par les comités directeurs en vue d’une union institutionnelle. S’ils donnent leur accord à cette perspective d’une nouvelle Union nationale avec des régions confessionnelles, le processus se mettra en place. Il impliquera de nombreuses décisions à prendre dans les années à venir. Elles le seront dans chacune des deux Églises selon ses règles disciplinaires : débats au niveau local, avis des synodes régionaux, décisions des synodes nationaux…Un calendrier sera proposé qui placerait la réunion d’un synode constitutif de la nouvelle Union en 2012.

Une Église protestante unie en France, c’est donc vraiment possible ?
Bien des aspects juridiques et administratifs mais aussi théologiques et ecclésiologiques devront encore être travaillés. Bien des craintes devront certainement être apaisées. Mais pour ma part, je suis convaincu que nous n’en sommes plus aujourd’hui à nous suspecter de vouloir dominer les uns sur les autres. Il y a un désir profond d’unité entre nos deux Églises et beaucoup souhaitent que l’on avance dans cette voie. Il en va de la croissance de l'Église, de la visibilité du protestantisme en France et surtout de la pertinence de notre témoignage. Nous faisons route ensemble pour servir Jésus-Christ.
Alors rendez-vous en 2012, pour fêter l'Église protestante unie de France !

Propos recueillis par Christian Davaine
Rédacteur du journal régional ECHANGES